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Disek, graffeur et voyageur

Les graffeurs des terres minées.

Disek, graffeur et voyageur

Être un graffeur aujourd’hui, plus grand monde ne peut définir ce que ça veut bien dire. Le post concernant les interviews du Lens Style Busters #5 a initié un court et vif débat sur Facebook. J’avoue que moi même, de par mes différentes activités liées au graff toutes ces années durant, je ne sais plus vraiment me situer. J’ai le sentiment d’avoir oublié les fondamentaux. Je vais interroger des graffeurs (ou pas selon ce que vous entendez par ce mot) pour en savoir plus.

Nous commençons avec Disek. Je suis très content de commencer avec lui, car avant même de lui poser mes questions, je savais que l’on aurait un contenu de qualité, le connaissant de par nos discussions.
Bien sûr il y en aura d’autres, bientôt. Je vous contacterai sans doute, mais ce n’est pas certain que je publierai vos réponses si j’estime que cela n’apporte rien de plus à ce qu’on peut lire dans les interviews classiques ou si j’estime que c’est illisible.

Je ne tiens pas à présenter Disek, parce que vous pouvez googler par vous même si vous n’êtes pas de Paname, et si vous l’êtes, et bien vous avez certainement compris de qui on parle.

Depuis qu’on discute sur le net et je ne sais plus à quand remonte notre première discussion, tu es tout le temps à l’étranger ou du moins en voyage. Qu’est-ce qui te motive à faire ça? Qu’as tu trouvé là bas? Compte tu revenir ici et rester?

Le voyage c’est un besoin pour moi,c’est comme le graffiti c’est devenu une addiction. Je crois que ce qui me motive surtout c’est cette sensation de liberté que tu éprouves. Quand t’es paumé, loin de tes repères, je crois que t’as l’impression que tout devient possible. En voyageant j’apprends des autres… Mais j’en apprends surtout beaucoup sur moi-même. Ça ouvre pas mal l’esprit et ça te rend humble, tu te rends compte que ta petite personne ne représente pas grand chose dans cet univers et que si demain t’es plus là, le monde ne s’arrêtera pas de tourner. Allez j’arrête de faire le Bisounours. En vrai les paysages de ouf et les plages turquoises c’est juste mortel… J’pense que j’ai pas besoin de l’expliquer 15 heures.

Alors en général j’suis anti projet mais ne pas revenir en métropole c’est p’tet mon unique projet.. En ce moment j’essaye de m’installer à la réunion. Si je n’y arrive pas je retournerai peut être en Asie voir si y’a moyen de faire un truc là-bas… Ou en Colombie… Ou dans un bled où je suis pas encore allé… Enfin bref il me faut du soleil.

Disek Voyages

En 2015, j’ai fait un Gare du Nord – Arc de Triomphe à pieds, assez tôt le matin. J’ai vu des volets et pleins de camtars de toi. Concrètement t’étais en quantité supérieure ce jour là, notamment grâce aux camtars. Je me suis dit que tu devais peindre énormément. Si c’est le cas, arrive tu à combler cette soif de peindre à l’étranger? Est-ce que le dépaysement et la beauté des paysages compensent? Rencontre-tu des writers locaux, sont-ils aussi fermés qu’en France?

Y’a plein de mecs qu’ont cartonné beaucoup plus que moi. Après quand je fais un spot, j’essaie de faire en sorte qu’il soit rentable… Ça doit être mon côté fainéant. Quand j’suis à l’étranger, j’avoue niveau quantité j’aimerais peindre beaucoup plus. Mais la peinture passe souvent en second plan,même si je dois dire que le premier truc auquel je pense quand je vois un bête de paysage c’est « Ça donnerait quoi avec mon blase au milieu ».

Le truc qui me console c’est que souvent j’arrive à taper des spots originaux avec des ambiances bien locales.. C’est aussi pour ça que j’aime bien peindre dans la rue. Et puis ça permet de faire des rencontres, les gens viennent souvent discuter avec moi pendant que je peins. Du coup la relation est complètement différente, je ne suis plus le touriste lambda, je suis le mec qui vient leur offrir de la couleur.. ça facilite les échanges.

Je ne ressens pas forcément le besoin de rencontrer les mecs du « Moov » j’préfère rencontrer les « vrais gens ». Même si de temps en temps une petite connexion ça peut être sympa aussi, d’une manière générale j’aime mieux me débrouiller seul. Après par contre je ferme pas la porte, c’est juste que j’ai assez de mal à aller vers les autres alors je laisse venir.

Remarque à ce niveau j’ai la même démarche quand je suis en France… Pour ce qui est de la fermeture d’esprit, en France on est les champions! Ailleurs c’est quand même souvent beaucoup plus cool, les mecs sont plus dans le partage que dans la compet’.
 
Disek Camtars Graffeur
 
Comment tu expliques que dans certains pays on va limite t’encenser d’avoir tapé une prod sur un volet alors qu’en France t’es wanted direct? Est-ce que c’est cette fermeture d’esprit dont tu parles qui te fais « fuir »?
 
Haha j’vais avoir du mal à t’expliquer sachant que même à Paris, les stores c’est devenu open bar.. Le street art est à la mode, moi c’est pas mon délire mais ça m’a bien aidé pour peindre Paname. Y’a encore 10 ans, les gens nous insultaient, maintenant ils prennent des selfies devant tes pièces! Les temps changent, ça n’a pas que du bon mais le truc c’est d’essayer de tirer son épingle du jeu.. sinon tu finis aigris.
Bon y’a sûrement aussi une question d’attitude. Si tu peins comme un porc en mode furtif et en regardant toutes les deux secondes dans ton dos, tu vas être super suspect et les gens seront suspicieux. Si tu y vas en mode de toute façon c’est la rue à ma mère ne vous inquiétez pas, tu feras parti du décor et les gens viendront p’tet te parler mais pas forcément en mode justicier..
Comme je t’ai dit tout à l’heure j’avais besoin de partir explorer le monde c’est p’tet même pas un truc rationnel, fallait absolument que je le fasse… Après l’élément déclencheur, qui a fait que je me suis dit c’est maintenant qu’il faut y aller, c’était peut-être après les attentats… C’est pas de me faire tirer dessus qui m’a fait peur, c’est la fermeture d’esprit des gens. Tout les gens se sont repliés sur eux mêmes. Ils n’essayaient plus de communiquer, ils essayaient juste de s’écraser les uns les autres. Uns sorte de non c’est moi le meilleur… Ça m’a gavé et j’me suis dit c’est bon j’me casse… J’vais aller apprendre des autres pendant qu’ici ils s’accusent…
 
Disek graffeur Mexico
 
Quand tu vois les gens de la fin de la génération X jusque ceux de la première moitié de Y, leur vies… Je veux dire les gens avec qui j’ai grandi aujourd’hui ils ont un mariage, des gosses, remboursé un tiers de leur crédit maison. Certains sont déjà divorcé, me parlent de pension alimentaire. J’ai aucune idée de ce que c’est, j’ai encore rien fait de tout ça! Quand je vois les graffeurs passionnés, c’est plutôt relations difficiles ou inexistantes, projets flous, mise en marge, addictions, suicides… Tu penses que le graff joue un rôle là dedans?
 
Je sais pas si c’est le graff qui joue un rôle dans tout ça, ou si on arrive au graff parce-qu’on est déjà tout ça en fait. Passé l’effet de mode, on ne fait peut-être pas du graff par hasard… Quand tu creuses un peu, c’est souvent le même profile qui ressort. Gros problèmes avec l’autorité, enfance assez conflictuelle au sein du foyer.. Du coup le graff c’est souvent une sorte de refuge dans lequel on se sent vraiment libre… Tu peux pas te sentir plus libre, que quand tu fais un truc que t’as pas le droit de faire je pense. Et ce besoin de liberté il est difficilement compatible avec ce que tu écris au dessus… Souvent les mecs c’est des écorchés vifs, qui ont une vision de la société avec un angle différent de celui qu’on peut voir sur TF1. Après t’as aussi des mecs avec des égos surdimensionnés qui veulent toujours faire mieux, plus grand,plus fou, histoire de soigner leur street crédibilité… Pour eux c’est dangereux parce que du coup ils sont super influençables et ils oublient qui ils sont pour devenir une caricature du « vrai » graffeur. Quand tu penses comme ça t’as vite fait d’oublier que la peinture ça n’est pas tout dans la vie.. et forcément tu te marginalises, mais c’est aussi ça être passionné! Bref, pour moi, faire les trucs pour être un « vrai » c’est déjà être dans le faux…
 
J’aurai ptet aussi pu te dire que c’est un milieu en cercle fermé un peu déconnecté qui pense que tout ce qui pense autrement que graffiti c’est de la merde.
 
Store Disek Graffiti
 
Le graff et la junk food. Snacks, Kebabs, repas à base de pepito et chips, boissons de porc. Est-ce qu’au fil des années ça s’améliore de ton côté ou c’est catastrophique?
 
On peut dire que sur ce sujet je pars de très loin. Pendant des années j’ai mangé Mc Do et autres merdes matin midi et soir, ajoute à ça 3L de coca… Puis il y a un peu plus de trois ans, j’ai eu une prise de conscience et je suis devenu végétarien du jour au lendemain! À la base, ça n’avait absolument rien à voir avec le fait de manger plus sain. C’était plus en mode boycott, genre vous faites de la merde avec les animaux, moi j’veux plus participer à ça.. Mais petit à petit ça m’a sensibilisé à ce qu’était l’industrie agroalimentaire et j’ai regardé d’un peu plus près ce que je foutais dans mon assiette parce-que je me sentais vraiment pris pour un con.. D’ailleurs c’est même plus large que ça, c’est une prise de conscience qui englobe toutes les industries ( pharmacie,textile, médias ect) Et même s’il m’arrive encore de temps en temps de consommer des trucs avec lesquels je ne suis pas en accord (ils sont forts ces bâtards) j’essaie de limiter au maximum.. Le fait de voyager aussi m’a bien aidé à limiter la consommation. Quand toute ta vie doit tenir dans un sac à dos, t’hésites un peu à acheter un truc dont t’as pas réellement besoin. Bref pour en revenir à la bouffe, y’a une expression qui me parle… Tu es ce que tu manges.
 
Disek en la calle
 
 
Dans tes prods, on sent bien tout gout pour la lettre bâton, construite la vraie lettre. Au fil des années on voit sur tu as gardé la même ligne directrice. Comme Xane, ou vers chez nous Syone, Apse tu te parfais dans ce que tu fais, à force de le refaire, on reconnais ta patte de loin. On sait avant même que vous commencez à peindre que le rendu sera maîtrisé parfaitement. Quel niveau de rigueur faut-il entretenir pour dominer ses lettres comme ça?
 
À la fin d’une peinture c’est assez rare que je sois satisfait. J’ai toujours tendance à focaliser sur ce qui merde… Du coup le truc c’est d’essayer de faire mieux la fois d’après. Je m’en branle d’être meilleur ou moins bon que machin ou bidule, j’ai juste envie que mes graffs évoluent. La stagnation c’est la mort… Bizarrement souvent mes meilleurs graffs, c’est après une bonne grosse croûte parce que je suis vexé et j’ai l’impression d’avoir gâché des bombes.
Y’a une période où j’ai beaucoup peint parce-que j’avais des bombes en open bar après quelques gros plans payés. C’est à ce moment que mes lettres sont devenues beaucoup plus naturelles dans le mouvement de mes bras. J’irai pas jusqu’à dire qu’elles me plaisent… Mais j’ai l’impression qu’elles me ressemblent: j’essaie de faire simple efficace et dynamique. La lettre c’est essentiel, on peut pas tricher avec, c’est pour ça que j’aime que ça reste lisible. D’ailleurs dans le graff y’a deux trucs qui comptent vraiment… Le lieu et la lettre. Le reste c’est de la déco ! J’essaie quand même de m’intéresser aux couleurs et aux effets histoire d’essayer d’être le plus complet possible, mais c’est pas le principal.

Je sais qu’il y en a un paquet qui ne jure que par le dessin pour évoluer. Moi c’est pas mon cas. Je dessine assez rarement. À ce niveau je pratique l’escroquerie, j’ai du faire 15 sketch y’a un an sur une île paumée parce qu’il n’y avait que ça à faire. Depuis je tourne avec, en mode antisèche en permutant les lettres dans tout les sens.. C’est sûrement pour ça que j’évolue pas aussi vite que je voudrais. Quand malgré tout j’arrive à sortir un truc qui change un peu en général il me faut 2-3 graffs de réglage pour bien l’assimiler.

 

Disek Plage
 
 
 
 
Le hip hop c est pas la plus grande carotte à long terme qu’on ai mis au graff?
 
Nan, j’pense pas qu’on puisse parler de carotte. Faut pas oublier qu’à la base, y’avait rien à gratter. C’était juste un truc de passionnés. On peut pas vraiment cracher sur le hip-hop, moi sans le hip-hop j’aurais sûrement jamais commencé le graffiti ! Mais avec le temps le truc s’est disloqué. Quand les billets sont arrivés dans le game, les motivations ont changées et on est passé de « peace unity and having fun » , à envisager des plans de carrière, en essayant de s’essuyer les pieds sur les autres, pour chercher à vendre… La qualité n’est plus une priorité, c’est le chiffre qui compte. J’dirais plutôt que c’est le capitalisme qui a mis une carotte au hip-hop, et par extension au graff. Maintenant, on est dans le monde du consommable, aujourd’hui t’es à la mode, demain tu sers plus à rien. C’est pour ça que les graffeurs qui rêvent de devenir des légendes me font un peu rigoler… Même si aujourd’hui t’es « le » cartonneur, si demain t’arretes, dans 4-5 ans personne se rappellera de toi. Y’a qu’à voir ce qui se passe avec les anciens: ils passent leur temps à se remémorer leurs exploits, mais les plus jeunes s’en branle de savoir qui était le boss en 86… Bref j’ai envie de te dire on a pas besoin du hip-hop pour se prendre des carottes, on se les met déjà nous-mêmes. Toi qui organise des évènements tu vois bien comment ça se passe: la majorité des mecs viennent pour gratter ce qu’il y a à gratter et se barrent. Pourquoi tu veux que les mecs des autres disciplines nous respectent, on se respecte déjà pas entre nous.
Disek Truck
 
Question bonus. Pourquoi on dit un flop en France à ton avis? Tous les étrangers avec qui j’ai peint n’ont jamais entendu le mot flop.
 
J’me suis toujours dit que c’était le bruit des bulles de savon quand elles éclataient…
 
 
.Parse.

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