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Peindre en prison

Les graffeurs des terres minées.

Peindre en prison

Graffiti en prison

L’association Red Bricks est intervenue en centre pénitentiaire en début d’année. Nos bénévoles ont rencontré plusieurs groupes de détenus avec lesquels ils ont pu tous ensemble envisager d’embellir les murs des cours de promenade. Ce fut notre première expérience de graffiti en prison.

Conformément à nos engagements, le nom de la prison ne peut être divulguée. Les graffitis quant à eux représentent les diverses idées ressorties des ateliers graffiti en détention.

Nous remercions tout le personnel du centre pénitentiaire pour son accompagnement, ainsi que les participants pour leur motivation et leurs idées.

 

Témoignage d’un de nos membres : Faire du graffiti en prison.

Au vu des commentaires sur notre facebook en ce qui concerne notre expérience d’ateliers graffiti en prison, notre membre de l’association a préféré garder l’anonymat pour son témoignage.

Quand on m’a proposé de faire un atelier en centre de détention, j’en ai d’abord parlé à mes proches. Tous m’ont dit de ne pas le faire, que c’était dangereux pour moi. D’autres gens m’ont dit qu’ils ne méritaient pas ces égards, que les prisons c’était déjà quatre étoiles. Je n’ai jamais compris en quoi être enfermé, même dans un quatre étoile, pourrait être haletant, mais je respecte les arguments de chacun, même s’ils ne font répéter ce qu’ils ont entendu ou lu dans les commentaires des journaux.J’aime bien les nouvelles expériences, alors juste pour ça, j’y suis allé.

Je me suis pointé là bas avec tous mes à priori que cela soit sur les détenus, les gardiens et le système pénitentiaire en général. Avec toute la culture de la prison que l’on voit dans les séries TV et films Américains. La première séance a été assez éprouvante, j’ai du passer par je ne sais combien de porte et de contrôles avant d’arriver enfin dans une quartier de détention. On me file un biper ou cas ou j’ai des ennuis, et surprise on me laisse tout seul avec un groupe de détenus. Je pensais être accompagné par un gardien, mais apparemment non. J’étais plutôt contrarié par tout ça, le premier détenu est venu me parler, il m’a dit de ne pas m’inquiéter que même les détenus eux même sont plus ou moins flippés la première fois qu’ils arrivent en détention.

On entame la séance avec le premier groupe (il y aura en tout six groupes sur six mois), à raison de quelques heures par jour, quatre fois par semaine. J’ai rapidement compris qu’on ne pourrait pas aller droit au but. Je viens de l’extérieur, alors forcément on discute. Je pense que l’on a discuté autant qu’avoir fait du graff. A aucun moment je n’ai cherché à gagner la confiance d’un tel ou d’un autre, j’étais plus dans un processus où je voulais apporter ma culture et que cela soit le plus agréable possible, pour eux et pour moi. En fait, c’est comme si personne n’avait au fond envie d’être là d’un côté ou de l’autre. Au fur et à mesure la barrière détenu / graffeur s’est peu à peu dissipée.

Du côté gardien, j’ai plutôt été bien accueilli, à part certains qui me prenaient de haut. Une fois un gardien m’a pris pour un détenu de loin, il m’a demandé ce que je foutais dans le couloir. Je pense que certains n’étaient pas d’accord avec les ateliers, et certainement qu’ils avaient leur raison. D’autres étaient content de voir des fresques dans la prison.

Y’a une soirée aussi où je me suis dis que j’allais taper les noms de ma présente liste de détenus sur google. Mauvaise idée. Quand je les ai revu le lendemain, j’aurais préféré ne pas savoir, comme avant. Malgré ça, j’ai mis ça de côté. J’ai compris que je n’étais pas là pour les divertir, comme certains le pensent. Mon rôle aussi infime qu’il soit était de participer au fait que les détenus aient un lien avec le réel, car j’ai compris également que la détention c’est hors du réel et hors du temps. Même si on me proposait d’être détenu dans un carlton avec tout ce que je veux, je sais qu’au bout de deux jours je voudrais voir l’horizon. Alors les gens peuvent parler, peuvent dire que faire un atelier graff à des détenus c’est de la merde, ou que c’est représentatif d’une justice laxiste ou encore qu’il faudrait tous les buter, je m’en cogne de leur avis. Je sais que j’ai participé à un projet intéressant, que j’ai appris beaucoup et que j’ai transmis quelques connaissances que j’ai. J’ai vu des personnes qui avait un talent certain pour le dessin. Que la prison c’est merdique pour ceux qui y sont détenus et ceux qui y travaillent et que ça fait réfléchir.

Et je voudrais dire à tous ces commentateurs qui veulent voir les détenus crever d’un côté et qui disent que si on touche à leur gosse ils se feraient justice eux même. Et bien peut être que dans ces prisonniers justement, il y a des gens qui se sont fait justice eux même, comme vous le dites et dans les mêmes circonstances. En détention j’ai vu vous et moi, j’ai vu des hommes pour qui ça a merdé à un moment donné. Ils sont déjà punis de toute façon. Et si c’était à refaire, j’y retourne directement, faire du graffiti en prison, n’en déplaise aux autres.

 


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