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La nocivité des bombes de peinture! Ça dit quoi?

Les graffeurs des terres minées.

La nocivité des bombes de peinture! Ça dit quoi?

Peindre avec des aérosols, c’est respirer tout ce qu’il y a dedans. On a beau se persuader que la nocivité est réduite au fil des années, pour ceux qui peignent beaucoup, on s’imagine souvent s’étouffer avec notre langue modèle entrecôte saignante dans un avenir lointain.  On se fait des idées ou pas ?

 

Passons en revue les différents points de vue.

Ca pue frère, c’est plein de nocivité !

Une chose qu’on a entendu souvent très souvent. Cette bombe pue le gaz de ville, elle doit être méga nocive. J’aime bien l’odeur d’amende de celle-ci, on pourrait en manger. Cette bombe là elle est saine car il n’y a aucune odeur.

Utiliser l’odeur en tant qu’argument relatif à la nocivité c’est aussi con que de dire que boire de la vodka dans du sirop fraise tous les jours c’est pas nocif, ça a le gout de fruit, ou encore boire de l’eau contaminée au plomb tout le temps ça a pas un goût nocif, ou boire de la soupe de légume dégueulasse tous les jours c’est très nocif car le goût est dégueu.

Ne prenez jamais pour argument valable l’odeur, même si commercialement certains vous diront que c’est sain car il n’y a pas d’odeur. Pas d’odeur n’est pas un fait, c’est juste une perception sensorielle.

Le seul avantage que pourrait avoir une spray sans odeur, c’est si vous peignez un spot tricard et que l’odeur pourrait être un élément servant à vous faire repérer.  Ou alors si vous êtes une chochotte et que la moindre odeur vous horripile ça peut être aussi intéressant. Sinon nan, renvoyez ce revendeur dans les bas fonds des loosers commerciaux. D’ailleurs c’est un bon test à faire avec votre revendeur de spray, si il vous dit qu’elle n’est pas nocive sans avoir d’autre argument que c’est moi le vendeur j’ai donc l’autorité et le savoir, ou alors en prononçant odeur et nocive dans la même phrase, c’est que vous êtes chez le rebouteux de la bombe de peinture.

Il se passe quoi quand on peint à la bombe de peinture ?

 

La peinture en aérosol est une peinture stockée dans un récipient sous pression et distribuée à l’aide d’une valve afin de libérer un mélange de peinture et d’un agent propulseur, généralement du gaz sous pression ou de l’air comprimé. Le résultat est une fine et même brume qui s’applique facilement sur une variété de surfaces. Ici on s’intéressera aux bombes de peinture.

La peinture en aérosol a commencé à devenir un ami indéfectible des bricoleurs lorsque l’artiste américain Francis Davis Millet a mis au point un mélange d’huile et de plomb qui pouvait être pulvérisé directement sur un support. Cela lui permettait alors d’accélérer les préparatifs de l’exposition universelle de Chicago. Mais c’est Edward Seymour qui a pensé utiliser un aérosol pour distribuer de la peinture. En 1949, il fait la démonstration d’une nouvelle peinture à l’aluminium conçue pour la finition rapide de radiateurs à grande échelle. Les aérosols existaient déjà depuis que l’ingénieur norvégien Eric Rotheim avait inventé le premier en 1931, et Seymour se contentait de tirer parti de cette innovation pour présenter son propre produit. Imaginez le potentiel, peindre des vieux radiateurs en propulsant la peinture avec un produit acheté dans l’épicerie du coin. Il était tellement intrigué et obsédé par cette nouvelle méthode de propulsion de peinture qu’il a demandé à sa société, Seymour of Sycamore, de consacrer des ressources considérables à l’exploration du potentiel de la peinture en spray.

À peu près au même moment où Seymour travaillait sur ses contributions à la peinture en aérosol, les sociétés Krylon et Crown Holdings développaient chacun de nouveaux modèles de boîtes de conserve. L’engouement de Seymour a donné l’opportunité à ces deux sociétés de donner naissance aux cylindres en métal des bombes de peinture que nous utilisons aujourd’hui. Les aérosols de peinture devenaient dès lors plus petits, plus légers, plus propres et appliquaient une couche uniforme plus rapidement qu’un pinceau ou un rouleau, rendant ainsi les petits projets de peinture autour de la maison beaucoup plus faciles à gérer. Et une fois que l’industrie manufacturière a découvert ses avantages, la peinture en aérosol est passée d’une invention de stylée et utile à une aubaine industrielle à part entière.

 

La peinture en aérosol est une technologie qui fonctionne car c’est en fait une combinaison de peinture et d’un propulseur à gaz. Au cours du processus de fabrication, les bidons sont d’abord remplis de peinture, puis on injecte le propulseur. La valve est ensuite sertie, emprisonnant le composé fortement comprimé dans le bas de la bombe de peinture.

Et là est tout le génie derrière l’efficacité de la peinture en aérosol, c’étaient ces gaz propulseurs : Les chlorofluorocarbures (CFC) étaient le propulseur de choix pour la plupart des produits livrés en aérosol, y compris les peintures en aérosol, jusqu’en 1978, année de l’interdiction après avoir découvert qu’ils contribuaient à l’appauvrissement de la couche d’ozone. Beaucoup de bombes de peinture se vantent aujourd’hui de ne contenir aucun CFC, comme si c’était un argument poussant à l’achat. C’est tout simplement interdit, ne vous faites pas avoir, c’est comme si vous achetiez des bonbons sans ammoniac, on ne s’attend pas à en trouver à la base.

L’industrie s’est ensuite tournée vers les hydrocarbures – des composés organiques composés d’hydrogène et de carbone – comme solution de rechange jusqu’aux années 1980, lorsqu’il a été déterminé qu’ils pouvaient causer du tord (le butane, le propane et le méthane sont quelques exemples courants d’hydrocarbures). Ceux qui ont testé la Sabotaz 80 pourront se souvenir de l’odeur de gaz de ville.

Aujourd’hui, la plupart des aérosols utilisent des hydrofluorocarbures, composés d’hydrogène, de fluor et de carbone, qui présentent un risque beaucoup plus faible pour l’environnement car ils ne contiennent pas d’éléments potentiellement nocifs comme le chlore. On voit donc qu’il y a déjà eu de nombreuses régulations dans les pays occidentaux.

Mais alors comment tout ça ensemble fonctionne ?

Lorsqu’on presse le caps, le mélange peinture-propulseur se précipite dans le tube plongeur en réponse au changement soudain et spectaculaire de pression, ce qui provoque l’expansion du propulseur dans l’aérosol, forçant la peinture à passer à travers le tube et sortir par le caps. Le tube agit comme une paille, avec une extrémité fixée à la valve et l’autre extrémité près du fond de la bombe de peinture.  Alors, la peinture s’atomise en une brume fine et uniforme. Ces minuscules particules de peinture sont également réparties, car elles sont chargées positivement et se repoussent entre elles au moment de l’expulsion. Et parce que la surface à peindre est chargée de manière opposée, la peinture en aérosol adhère à la surface instantanément.

Une ou plusieurs bille(s) en métal, maintient le mélange propulseur-peinture à l’intérieur de la canette. En secouant la bombe de penture, la bille effectue un mélange afin que vous puissiez être sûr que les deux composants sont bien combinés. Si la peinture et le propulseur sont déployés avant d’être correctement mélangés, ils sortiront dans des proportions inégales, ce qui entraînera le regroupement de la peinture, bouchera vos caps, et donnera lieux à des traits merdiques.

 

Y’a quoi dedans de nocif alors ?

 

L’ADN de la bombe de peinture

 

De nombreuses peintures en aérosol contiennent des composés organiques volatils. Les fameux VOC.

Les VOC sont émis sous forme de gaz par certains solides ou liquides et comprennent une variété de produits chimiques, dont certains peuvent avoir des effets néfastes sur la santé.

 Les VOC sont émis par pleins d’objets du quotidien mais ont les retrouve beaucoup dans le monde du travail manuel.

 

L’Agence Américaine de protection de l’environnement (EPA) est un organisme indépendant qui étudie depuis 1970 les différents éléments relatifs à sa mission : «protéger la santé humaine et de sauvegarder les éléments naturels — l’air, l’eau et la terre — essentiels à la vie. »

L’EPA a identifié et classés tous les VOC  directement sur leur site web.

Afin de vous éviter à parcourir tout le document voici un panel des trucs que l’on peut trouver dans des bombes de peinture :

Acetone
Liquefied Petroleum Gas
Xylene
n-Butyl Acetate
Methyl Ethyl Ketone
Propylene Glycol Monobutyl Ether
Ethylbenzene
Magnesium Silicate
Carbon Black

En fait, bien souvent on va trouver de l’acétone, du xylène ou du toluène.

Acétone

Effets indésirables : Irritation des yeux, du nez et de la gorge; maux de tête, vertiges, dépression du système nerveux central; dermatite.

Xylène

Effets indésirables : Irritation des yeux, de la peau, du nez et de la gorge; vertiges, excitation, somnolence, incoordination, démarche renversante; vacuolisation cornéenne; anorexie, nausée, vomissement, douleur abdominale; dermatite

Toluène

Irritation des yeux, du nez; faiblesse, épuisement, confusion, euphorie, vertiges, maux de tête; pupilles dilatées, larmoiement; anxiété, fatigue musculaire, insomnie; paresthésie; dermatite; dommages au foie et aux reins

 

MAIS C’EST GRAVE !?

 

Minute papillon. Ce sont les effets indésirables en cas de surdose, d’exposition prolongée et d’allergie.

Prenons l’amoxicilline, l’antibiotique de base et pas connu pour sa nocivité et ses effets indésirables pèle mêle :

Nausées, Diarrhée, vomissements, urticaire, démangeaisons, candidose, vertiges, convulsions, œdème de Quincke, éruption cutanée généralisée, Insuffisance rénale, anomalie de la numération formule sanguine…

Je n’ai jamais dégueulé ma race en prenant ce médoc, comme mes yeux n’ont jamais larmoyé en peignant avec des sprays au toluène. Par contre, connaître les effets indésirables, permets de se poser les bonnes questions si et seulement si ces symptômes apparaissent.

Quand vous fumez une clope, il se dégage des quantités de monoxyde de carbone. Pourtant fumer une clope ne tue pas, le monoxyde de carbonne à quantité suffisante oui. Les quantités de VOC sont donc à prendre en compte.

En terme d’effets sur la santé, tout va résider dans trois pôles :

  • La durée et fréquence d’exposition.
  • Les quantités de VOC présentes.
  • L’immunité de votre corps.

LES QUANTITÉS DE VOC

Chaque bombe de peinture dispose d’une MSDS, c’est la fiche sécurité produit obligatoire avec laquelle on pourra en savoir un peu plus sur sa nocivité. Si votre vendeur n’en dispose pas, fuyez. S’il ne sait pas ce que c’est, crachez-lui à la gueule, c’est un danger public.

Lorsque vous lisez la fiche sécurité (MSDS) d’une bombe de peinture, si vous regardez la valeur du LD50 (median lethal dose ou dose létale moyenne) des VOCS vous verrez un chiffre qui peut être petit ou très grand.

En fait c’est la dose à donner à un rat pour qu’il claque. Donc plus le chiffre est grand, plus cela signifie qu’il a fallu lui en donner beaucoup pour en venir à bout. Je sais, c’est dégueulasse, RIP au rat.

Le toluène par exemple à un indice LD50 suivant :

Chez le rat, la DL50 orale est de 5300 à 7400 mg/kg et la DL50 cutanée, chez le lapin, est de 12 400 mg/kg.

Donc pour un humain de 80kg, on pourrait considérer au pire des cas une dose létale de 424 000 mg soit 424g.

Une bombe de peinture bien merdique va contenir 25% de toluène. Une bombe de peinture contient en moyenne 11oz (onces) de produits depuis que 12oz c’est plus trop d’actualité.

11 oz = 311,845g
Si on prend 25% de Toluène on obtient environ 78g.

Par voie orale, ça veut dire si un humain boit 424g/78g = 5,43 bombes de peinture, il peut commencer à décéder.

Bien entendu, on ne boit pas les bombes de peinture. Quelle est donc la quantité réelle absorbée ?  Et bien on ne sait que l’estimer pour le moment.

Ce qu’il faut savoir :

  • Le Toluène est éjecté vers le mur, et se retrouve donc piégé entre la peinture et le mur. Une partie mineure rebondie cependant contre le mur et se retrouve dans l’air ambiant. Vous ne respirez pas tout l’air d’un lieu (sinon il n’y en aurait plus), vous respirez donc un mix air sain + toluène.
  • Tout le Toluène n’est pas éjecté de la bombe de peinture. Une fois votre bombe vide, il en reste encore beaucoup au fond.
  • La cavité nasale (nez) dispose de poils qui tapissent ses parois intérieures et font partie d’un système de nettoyage de l’air.
  • Les bronches sont recouvertes de CILS (minuscules poils) qui bougent en vagues. Ce mouvement pousse le MUCUS (sécrétions collantes) vers le haut, dans la gorge, où il est toussé ou avalé. Le mucus sert à attraper et à piéger une grande partie des poussières, des germes et des autres matières étrangères qui envahissent vos poumons. Vos poumons évacuent le mucus par la toux.
  • Les valeurs LD50 référent à un avalement des produits et non à une respiration des produits.

On peut donc estimer qu’à court terme tout du moins, mieux vaut ne pas s’inquiéter. Un bon exemple est le suivant :

SE DÉFONCER A LA BOMBE DE PEINTURE

Vaporiser de la peinture en tant que narcotique?

 

Quand la bombe de peinture contient du Toluène, celui-ci s’évapore rapidement à la température ambiante. Deux choses se produisent lorsque le solvant s’évapore: la peinture sèche et des vapeurs chimiques sont libérées. Ces vapeurs, si inhalées, pourraient avoir des effets intoxicants et même hallucinatoires. Autant se le dire, comme pour la colle UHU, le SHOE GOE, il faut vraiment chercher à se défoncer pour avoir ne serait-ce qu’une sensation d’étourdissement. A part coller son zen sur le mur, et appuyer comme un bourrin avec la bombe à moitié retournée je ne vois pas comment c’est possible. Et encore on aurait une ébauche de défonce et la gueule en RAL 9001.

 

Faites vos propres recherches

Un truc ludique et sympa à faire est de demander la fiche de sécurité de toutes les marques et modèles que vous utilisez (la fiche de sécurité est la même pour un même modèle quelle que soit la couleur à part le chrome, cuivre, argent, or) et de comparer les VOC présentes dans les gaz propulseurs et voire laquelle a la valeur LD50 la plus élevée (moins nocive) et laquelle a la moins élevée (plus nocive). Postez en commentaire vos résultats.

MASQUE PAS MASQUE

Pour une utilisation à long terme, on préconise bien entendu tous les équipements masques et gants, car personne ne sait définir à l’avance quelle sera la quantité ingérée de VOC et comment notre corps réagira.

Pour une utilisation une fois, par exemple un groupe de jeunes. Respirer pendant une journée des VOC c’est comme traverser en scooter la ville de FUKUSHIMA 4 ans après. Certes vous serez à peine exposés et vos cellules s’en remettront sans aucune peine mais vous aurez toujours une petite voix dans la tête qui vous dit « Ah ouais je prends cher là ».

Et quand cette petite voix dans la tête, c’est votre conseil d’administration, un parent d’élève, ou votre politique d’assurance, nous comprendrons que vous optiez pour la solution tranquillité avec des masques en papiers et des gants pour faire taire cette petite voix !

Pour aller plus loin

On pourrait imaginer l’étude suivante :

1- Faire peindre des individus avec des bombes de peintures et mettre dans leur pif une sonde qui mesure les VOC entrants sur la journée.
2 -Faire une étude sur les résultats d’une exposition quotidienne avec la même quantité de VOC analysée.

En tirer les conclusions pour chaque VOC.
En attendant, petite anecdote, je me suis rendu compte l’autre jour que quand je peignais sans mon masque et que je remplissais des zones importantes, j’étais en apnée. Réflexe évocateur?


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