Lens, Pas-de-Calais, France
+33782164149
bertrand@red-bricks.fr

Le graffiti vu par Yone en 5 questions

Les graffeurs des terres minées.

Le graffiti vu par Yone en 5 questions

Le graffiti vu par Yone

INTERVIEW DE YONE

Le graffiti vu par Yone. L’association Red Bricks a posé 5 questions au graffeur Yone de Paris. Adepte des lettres simples et épurées, ce dernier nous en dit plus sur son état d’esprit et sur la façon dont il entreprend sa pratique du graffiti.

En visitant ton Instagram, j’ai constaté que tu es hyper productif et régulier. Quelle partie de ta vie prend le graff? Tu passes autant de temps à bosser tes gueutas autant que tes lettrage? Comment tu fais pour maintenir le cap?

Oui en réel je tiens ça de mes débuts, j’ai commencé milieu 90 et à cette époque tout le monde taguait. Fallait vraiment avoir du style pour se démarquer et ne pas se faire toyer par les anciens, et être productif était primordial. Aujourd’hui j’ai toujours cette mentalité. C’est difficile de garder un rythme sur la continuité, j’étais plus actif sur murs y’a 10 ans de ça. Pour les gueutas cela vient aussi de mes débuts et de mes influences. J’ai croisé des grosses têtes dans ma jeunesse, j’habitais Paris 13 en face de Dunois et les gars qui traînaient à l’époque c’était des purs writerz donc j’étais influencé par cela. Le tag c’était vraiment ma vie pendant longtemps avant de faire des graffs, fallait savoir taguer. J’ai commencé avec les NSK et pour l’époque on était bien acharnés y’a encore des gravures de vitres dans le métro 20 ans après, j’hallucine. Le graffiti pour moi c’est le tag avant tout et pour tout donc je suis toujours en train de taguer sur feuille sur mur dans le métro sur le sol, c’est un gros kiffe.

Chez nous on a un Syone, un Ione. Il y a un autre Syone, à Lyon il me semble. Ce qui est remarquable, c’est que vous avez tous un style de graffiti avec des lettres simples, épurées et bien maîtrisées. Tu penses que le blaze, ses lettres, influence sur le style que tu vas approfondir? Ou alors qu’inconsciemment on choisit un blaze dès le départ qui va s’intégrer parfaitement dans un mouvement et pas une autre?

Nan pour moi le blaze c’est autre chose je pense que tu as des blazes qui ont plus de mouvement que d’autres mais en vrai tout dépends de ton style.

Pour ma part, à mes débuts, je ne posais pas Yone ni acme, j’ai mis longtemps à trouver mon blase. Plusieurs années j’ai changé plusieurs fois pour plein de raisons différentes, mais à un moment où je me suis plutôt concentré sur le graffiti, j’ai du choisir un blaze fixe afin de le faire évoluer en même temps que mon style.

Pour ce qui est de mon style cela vient aussi de mon parcours. Pour faire simple, le tag, le flop, le Block ont toujours été une priorité pour moi. Je ne suis pas un acharné comme certains et pour être lu facilement j’ai choisi la simplicité des lettres pour une efficacité maximale. Mais pour moi c’est un challenge car faire des lettres en respectant leur forme mais en ajoutant ton style, on voit directement si tu as fais une erreur ou si il y a un déséquilibre. Et Yone c’est un blaze simple car tu as ONE et une lettre en plus, tous le monde a posé un One au moins une fois avec son blaze… Donc pareil pour se démarquer il faut que je pousse le truc. Quand tu poses moins il faut compenser cela en  faisant de la qualité. Je travaille tous les jours mes lettres sur feuilles. A mon âge j’ai passé plus de la moitié de ma vie à faire cela, il y a tellement de possibilités dans le graffiti. I love this game.

L’inconvénient du wild c’est que bien souvent, c’est du cache misère. Tu t’amuses à enlever toutes les phases, flèches, becquets de lettres etc, tu gardes, juste les lettres, bien souvent c’est dégueulasse. Et souvent, ces lettres foncedées, ça vient de ceux qui ne font que du wild. J’ai l’impression que ceux qui font du simple, par contre, sont polyvalents et peuvent te sortir un wild sans forcer.

C’est bien vrai ceux qui font du simple arrivent souvent à faire des Wildstyle de qualité et sans fioritures on va dire. En réel ceux qui font de beaux Tags font généralement de belles lettres. Simplement parce que de ton tag viendra ton flow et ton tag est la base. Quand on me demande un conseil en street je réponds très souvent FAUT TAGUER BEAUCOUP et travailler beaucoup sur papier avant de se lancer sur mur… Je préfère des lettres simples mais efficace à un Wildstyle technique et coloré. Mais j’admire un beau tag ou beau throw up bien maîtrisé et bien placé beaucoup plus. Après je suis admiratif de notre art et il m’arrive de prendre des tartes visuelles par d’autres artistes très souvent, c’est de la motivation!

Tu es sur Paname. Comment tu as vu évoluer la façon de peindre? Est-ce que c’est moins hardcore qu’à une période?

Alors j’ai grandi sur Paris j’ai connu l’époque où Paris était la ville la plus taguée du monde ! Oui oui, c’était dingue mais en vrai j’étais pas choqué. Je pense clairement que tant que les anciens étaient aux commandes de ce milieu, les codes étaient beaucoup plus respectés et tout le monde ne faisait pas n’importe quoi avec le graffiti.
Donc, une évolution on va dire en terme de graphisme, de possibilités grâce au matos et aux influences mais je pense qu’en vandal les nouvelles générations choisissent de marave sans chercher à le faire bien.
Avant tu prenais un chrome de NACIO TW dans la gueule c’était l’équivalent d’un chrome en terrain aujourd’hui… Tu prenais les fatcap des CMP sur les toits parisiens ou alors les gueutas des 3DT avec des encres de folies (pour l’époque) et bien même en tag c’était de la qualité…et c’était bien plus ghetto on va dire à cette époque ça dépouillait dans tous les terrains, fallait vraiment être accro pour rester dans le milieu, j’ai eu plusieurs embrouilles à l’époque. Mais rien de bien méchant comparé à d’autres… Aujourd’hui avec l’effet streetart y’a même plus de challenge à poser en street, limite mamie va venir te prendre en photo quand tu poses…et en terrain t’es vite repassé par un mec avec du scotch et un pochoir ou par un toy dans le graff. A l’époque c’était pas le cas…
Mais je respecte toujours autant le graffiti et ceux qui le font bien.
Pour te citer des bons p’tits exemples actuels tu as ELAS et même le SMAPE qui pratique un graffiti dans lequel je m’identifie très bien et qui ont chacun leur style. Ils sont actifs et qualitatifs, j’aime beaucoup.

Tu fais souvent des flops. Tu ne trouves pas qu’ en France, le flop est toujours sur le bac des remplaçants? Quand tu vois que dans certains pays c’est à base que de flops…

J’en fais pas assez non. Oui en France actuellement on est pas dans les meilleurs mais pareil y’a 15/20 ans, oui on était au top niveau throw up. T’avais tous les stores parisiens qui étaient flopés et avec du gros level dessus. Ça reste les anciens qui continuent d’en balancer je trouve…

C’est tellement dur même moi je trouve que je fais dans le semi-flop car je vais vite mais ça reste plus proche d’un bubble style que d’un flop. C’est la discipline la plus complexe le flop je trouve car encore une fois c’est dans la simplicité et l’efficacité… Plus il est simple et bien exécuté plus il est efficace à mes yeux…

Mais après c’est de le poser en street qui fera tout car on connaît tous les traits en mode panique… Bah avec le flop faut pas paniquer, faut de la maîtrise pure et dure… C’est pourquoi un flop en street c’est une tuerie, c’est sa place quoi.

Comment on fait pour compiler vie de famille et graff sans que ça se termine de façon dramatique?

Ahah c’est une bonne question. Justement avoir une vie de famille m’a calmé, je me suis concentré sur le graffiti de terrain et avec mes potes de Suisse et de Paris je cherche juste à kiffer l’instant, faire une belle pièce pour arriver à un bon rendu final avec les gens qui sont avec moi au moment de cette peinture. Avec ce côté là du truc tu risque moins de problème avec la police, faut se mettre des limites. Plus jeune j’ai eu des grosses amandes notamment avec la ratp à l’époque NSK. Aujourd’hui je suis plus scred et plus réfléchi.

Questions Bonus

C’est quoi pour toi le street-art? Les street-artistes? Pourquoi on leur on met plein la gueule selon toi?

Ouhla grosse question et à chaque fois que j’en parle je passe pour un méchant. Mais je vais être franc, le street-art pour moi c’est comme skyrock pour le rap à une époque… La plupart n’ont jamais et je dis bien jamais peint en rue. A savoir que ça a toujours été interdit, avant tu voyais pas madame tout le monde venir faire un dessin sur un mur dans la rue ou coller une affiche… Et les vrais pionniers du Street-art pour moi, xe sont les gars qui étaient dans la rue et qui faisaient leur logo ou visu j’en sais rien, comme nous on pouvait faire nos gueutas nos flop… Eux posaient leur truc mais ça restait illégal. Aujourd’hui n’importe qui va dans la rue avec un posca et te fais une phrase bidon genre « la vie est belle avec un cœur rouge » et les gens vont s’extasier et même te dire qu’il y a un message comparé aux Tags moches à côté. Pour eux c’est du Streetart. Tout ça vient de cet effet Street-art et des opportunistes qui sont venus gratter tout ce que les graffeurs et tagueurs ont fait pendant toutes les années précédentes… Je vais te citer un nom qui a été médiatisé dernièrement dans le milieu Raphael Federici (ça lui fera de la pub) je ne parle pas du bonhomme car je ne le connaissais pas avant cette histoire et ne le connais pas personnellement, mais voilà c’est l’exemple même de tout ce que je déteste dans le milieu pas de parcours, des réalisations vraiment limites (ma fille de 10ans pourrait faire bien mieux sans rigoler) et qui pourtant expose, fais des performances, est invité à des événements etc etc etc… Et il parle aux inconnus qui ne connaissent rien de ce milieu, de ce monde qu’il ne connaît pas lui même et dont il se sert pour exister et gagner de la maille… En vrai le street-art tu enlèves le gain d’argent c’est à dire que demain personne n’achète, il y aura plus de 90% qui n’en feront plus… Et seuls les vrais continueront. Aujourd’hui moins, mais crois moi, pour les graffeurs on a jamais fais ça pour les thunes et quand on vole plus son matos c’est une passion très coûteuse, on se rabat sur des plans payés des décos ou autre afin de pouvoir peindre sans dépenser. Et pour terminer avec mon parcours et mes connaissances, je te confirme qu’aujourd’hui encore dans le graffiti, et je vais parler que du milieu parigo, il y a de la grosse qualité et les galeries, médias, et autres qui s’intéressent à l’art de rue devraient ouvrir les yeux sur le talent des graffeurs et non pas sur des gens avec du scotch ou des pochoirs (les pochoirs c’est pour les ateliers du mercredi après midi avec les mômes qui viennent apprendre les Bases). Notre base à nous c’est un marqueur et la rue, avec ça on te fait des merveilles… Le street art c’est le nuisible du graffiti…

Et je rajouterai que la démarche est différente dans le graffiti, on peint pour nous même avant tout. On cherche à faire du lourd pour nous sans chercher à plaire aux autres. Dans le street-art c’est l’opposé, on veut plaire au plus grand nombre de gens. On veut séduire donc on voit tout le temps les mêmes trucs avec les jolies couleurs, le petit dégradé, le chat et le cœur et hop t’en a plein les rues… Perso des politiciens menteurs ou des stars populaires faites aux pochoirs et en sprayant rapido avec 3 éclaboussures ça ne me fait aucun effet artistiquement parlant. Pourtant qu’est que ça peut rapporter!!!

Tu penses que chaque graffeur devrait raconter son histoire, la transposer en texte? On dit que le graffiti manque cruellement de documentation.

Oui en effet je pense que les graffeurs / writerz devraient tous raconter leurs histoires car il est vrai que quand tu rencontres un gars qui le vit à fond comme toi, nos vies sont pleines d’histoires on a pas du tout la même vie que les gens. Par exemple moi de mes 15 à 17ans je passais ma vie dans le métro parisien… Je veux dire, je voulais tout le temps taguer, je partais plus tôt à l’école pour taguer avant… A midi je sortais pour taguer, on allait dans le métro et on faisait une ligne par jour, on descendait à chaque station et on la massacrait, et ainsi de suite. Et le soir à 17h tout le monde rentrait, on prenait le métro et on allait dans les tunnels… Pendant les heures de circulations juste pour poser des Tags aux marqueurs comme des golmons sur des boîtiers électriques alors que personne les verraient sauf les autres tagueurs… Et les sessions saut sur les rails pour taguer le métro d’en face on était inconscient on prenait beaucoup de risques. Le pire dans tous ça c’est que je suis le plus calme de tous mes pote donc si eux racontaient, ça serait plus fou… En tous cas ça serai une bonne idée de faire un recueil d’histoires ou anecdotes dans le milieu avec les anciens de la capitale. Y’aurait du dossiers !

Propos recueillis par Parse.


Animations-Graffiti-ProDécorations-graffiti-chez-vous-particulierRéalisations graffiti Red Bricks

2 réponses

  1. […] en parlait dans l’interview avec Yone, la constance dans la pratique du graffiti est quelque chose de très important pour les artistes. […]

  2. […] En 2013, Parse avait réalisé l’interview vidéo de Jiem, un graffeur installé dans le Nord Pas-de-Calais. Retrouvons ici l’intégralité de cette entrevue hivernale! Les amateurs de Flop comme vont se régaler comme il s’étaient déjà régalés avec l’interview de Yone. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *