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Les fresques à thème

Les graffeurs des terres minées.

Les fresques à thème

Fresques à Thème

Cela faisait très longtemps que je voulais écrire quelque chose là dessus, sur les fresques à thème. En introduction je dirais que ce sujet ne concerne pas les writers, ni le graffiti en général, mais plutôt ceux qui ont fait de la « fresque murale à la bombe de peinture » une activité professionnelle. Afin de ne pas revenir sur ce qui a été écrit précédemment je vous invite à lire l’article suivant :

Pourquoi écrire le mot Respect sur les murs ne fonctionne pas.

Les fresques à thème, est-ce un problème?

Dans le cas présent, on ne parlera pas des dix potes qui se rejoignent le dimanche et font une fresque sur le thème Halloween, avec un fond cimetière forêt, des épouvantails avec des têtes de citrouilles, des vampires et des lettrages ne s’intégrant pas du tout dans la fresque et qui à la limite gâchent le fond. Vous en verrez un paquet sur bombing-art quand c’était la mode dans les fin 90 début 2000.

Perso, j’ai toujours préféré ce genre de fresque

Un lettrage et des persos. Le décor est juste là pour combler les trous. D’ailleurs je me demande à quoi ça sert de peindre 30 ans après quand on voit la qualité du travail de cette époque avec des bombes pourries et des nuanciers ultra limités.

J’aime bien aussi ça :

Des persos sans rien autour et surtout pas un lettrage grotesque en plein milieu genre Captain Obvious : « Tolérance ». Même si je ne suis pas fan du visuel, cela a le mérite d’être efficace.

Ou j’aime bien aussi ça :

Bon là c’est pas une fresque à la bombe de peinture, mais c’est pour illustrer : Une scène que l’on pourra interpréter à sa guise.
Voilà le genre de choses que j’aime, et pourtant ce n’est pas du tout ce que je fais 90% du temps. En général, on m’impose des thèmes, voire des visuels. N’oubliez pas pour la suite, que cela est mon avis et que ça ne veut pas dire que le reste c’est nase.

Les fresques avec mode d’emploi

Un peu de démagogie :

Le discours du démagogue sort du champ du rationnel pour s’adresser aux pulsions, aux frustrations du peuple, à ses craintes. En outre, il recourt à la satisfaction immédiate (formellement) des attentes, ou des souhaits les plus flagrants du public ciblé, sans recherche de l’intérêt général mais dans le but de s’attirer personnellement la sympathie, et de gagner des soutiens.

L’argumentation démagogique doit être simple, voire simpliste, afin de pouvoir être comprise et reprise par le public auquel elle est adressée. Elle fait fréquemment appel à la facilité voire à la paresse intellectuelle en proposant des analyses et des solutions qui semblent évidentes, sans une dose (nécessaire, et suffisante) d’imagination. (Wikipédia)

Comment ça se passe concrètement?
Le professeur, l’agent municipal ou tout autre personne au contact d’un public remarque que ce dernier aimerait beaucoup réaliser une fresque murale avec un graffeur. L’idée de base est donc de faire plaisir par le biais d’une activité créative et d’une rencontre ludique. C’est une super initiative et je reste souvent admiratif devant cette dévotion et cette envie de faire continuellement des beaux projets.
Mais voilà, il va falloir le proposer au chef, et bim, neuf fois sur dix, la pensée de ce dernier va être la suivante :

« Oulala une fresque avec des bombes de peinture, faut pas qu’ils écrivent nique ta mère ou qu’ils dessinent des joints, on va cadrer tout ça. Disons que le thème sera le vivre ensemble et ça tombe bien les élèves sont infectes les uns envers les autres… » (Comme si un dessin allait les en empêcher, à qui fait-on croire ça, sérieusement?)

A ce moment précis, la fresque est foutue d’avance et l’artiste n’est plus qu’un prestataire de service. Le public visé est « forcé » de réfléchir sur un thème donné que l’artiste viendra poser comme on pose du carrelage.

« Oui mais du carrelage avec sa touche dira le responsable de ce fiasco… »

Une fois sur deux la maquette proposée par l’artiste ne sera pas assez dans le thème aux yeux de ceux qui la valident et il faudra ajouter une bonne grosse citation de Mandela ou Coelho ou carrément écrire VIVRE ENSEMBLE en plein milieu.

Il faut bien que tout le monde comprenne tout de suite les fresques et qu’aucune forme de critique sur le fond ne soit tolérable. Ce qui nous amène au point suivant.

C’est sûr qu’avec ça, on peut pas critiquer le fond.

Une touche de complaisance

La complaisance dans les relations humaines est le fait de s’accommoder au sentiment, au goût de quelqu’un pour lui plaire.

Le chef est-il alors un gros méchant? Et bien non, ce n’est pas aussi simple que cela. Quelle que soit la structure, il va devoir se demander ce qu’en pensera le conseil d’administration, le bureau municipal, les parents d’élèves, la presse, les électeurs, le conseil régional, non seulement, mais aussi  tous ceux qui filent la maille. Et pour les convaincre, plus c’est bateau plus ça passe. Surtout quand les personnes à convaincre ont généralement plus de la soixantaine et pensent que les graffeurs sont des criminels et des drogués qui écrivent des messages de haine sur les murs. Il faut donc pour eux doublement cadrer les choses et aller dans leur sens.
Grâce à cette complaisance, on retrouve les même choses perpétuellement ridicules comme des colombes, des mains qui se tiennent, des fleurs de la paix et tout le reste.

Si on est dans le bassin minier, on va leur dessiner un mineur et un terril, ils seront content. Si on est dans un quartier, on va leur faire une fresque sur le respect et ainsi de suite. C’est de la signalétique dissimulée dans de l’art en quelque sorte. En espérant que le visuel fâche le moins possible les électeurs ou les parents d’élèves.

La bonne vieille fresque sur la guerre mondiale et le soldat vaillant, la fleur au fusil. Mais attention, la guerre stylée, genre on voit pas trop le fusil et les tranchées dégueulasses sont en fait une profusion de belles fleurs. Faut pas choquer les gens non plus. La guerre c’est mal mais s’en rappeler c’est bien. C’est terrible d’en arriver à imposer à des graffeurs de peindre des trucs pareils.

A noter : Il arrive parfois que le professeur ou l’agent ou autre, arrive à faire le forcing pour qu’on puisse avoir un visuel moins consensuel. Gros respect!

DONNER UN MUR

Quand Kev Adams vient dans votre ville, on lui donne pas une scène, quand un plombier vient réparer une fuite, on lui donne pas un lavabo. Par contre si c’est un graffeur, on lui donne un mur. On l’a entendu 100 000 fois celle là avec toute les variante « on lui a laissé un mur pour qu’il s’exprime ».
Il y a souvent une dimension de privilège : Tu es un graffeur, tu es par essence illégal. Mais nous on te donne les moyens de peindre légalement, regarde un mur, juste pour toi, l’aubaine de ta vie. On donne un sens à ton non-sens de graffiti. Par contre tu peins pas ce que tu veux, et encore moins ce qu’on t’as pas demandé.

Que répondre si ce n’est : Mais avez-vous conscience que les années 90 c’est terminé? Parce que des murs on en a par dizaines, on peint quand on veut en fait. On fait nos propres fresques.

Imaginez dire à l’humoriste on te laisse le théâtre municipal mais attention, tu ne joues pas tel sketch et si tu pouvais nous faire une sketch de plus de la moitié de ton spectacle sur le thème vivre ensemble, mais avec ton style hein. Et il faudrait que tu viennes nous le jouer 3 semaines avant au bureau municipal pour qu’on valide ou non ta prestation.

Ridicule non?

En quoi un élu municipal par exemple, est-il habilité à décider d’un visuel? Sa culture, son âge, ses opinions vont forcément induire subjectivement le résultat final. Ça serait comme dire cette blague là est pas drôle, ça serait mieux si la chute était comme ça.

C’est de l’art, forcément que ça doit déplaire à certains et surtout on s’en fout que les gens comprennent ou pas!

Surtout qu’en vérité, on en propose jamais spontanément des visuels choquants quand on travaille avec du public. On sait se réguler nous même vous savez…

L’art c’est mieux quand ça sert à rien

Avant, je m’indignais des gens qui disaient que l’art ça sert à rien. Je me demandais comment on pouvait être aussi fermé d’esprit. Mais au fil du temps, je me rends compte que c’est encore pire quand l’art sert à quelque chose, j’entends par là qu’on l’utilise, qu’on utilise l’artiste pour des commandes de fresques bien précises qui n’ont pour but que de mettre tout le monde d’accord sur des idées inattaquables.

Alors que se dire que ça ne sert à rien, c’est se libérer du besoin de sens et profiter d’une lecture plus brut de l’œuvre, c’est le loisir de l’interpréter comme bon nous semble, d’en débattre avec d’autres qui n’ont pas du tout la même vision. C’est aussi le fait de pouvoir détester l’œuvre, car c’est important que l’œuvre soit aussi détestée qu’aimée, c’est pour cela que j’aime dire que le film « I origins » est un chef d’œuvre quand des potes pensent que c’est un navet. C’est ce qui fait le force de ce film contrairement à un film de super héros conçu pour les fans, pour que les gens kiffent.

Pour cela, on a besoin d’une confiance mutuelle. C’est déjà se dire que la graffeur qui vient, c’est pas un gamin de 15 ans qui vient écrire nique le système, c’est bon on en est sorti. Il vient travailler avec vous sur un projet d’œuvre d’art, sur un visuel et non un thème. Il vient avec son parcours et sa culture, ses qualités et ses défauts. Il ne vient pas seulement peindre avec ou devant le public, il vient également raconter son histoire et partager celle des autres. Après ne vous inquiétez pas, si thème il y a, thème il fera, faut bien remplir le frigo… Mais, il préférera mille fois mettre en avant ce même public avec le thème qu’on imposé à ce dernier, plutôt que de devoir réfléchir sur ce qui symbolise ce thème et tomber dans des maquettes télescopées, pleines de clichés si il faut choisir.
C’est une fresque qu’on va regarder et sur laquelle on se posera des questions.
C’est que de la peinture sur un mur.
C’est éphémère au pire.
C’est vous et moi.
C’est peindre.

Faites confiance au graffeur et à votre public, ils travailleront ensemble et trouveront des visuels hors du commun!

 


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