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Spraypaint et Covid19

Les graffeurs des terres minées.

Spraypaint et Covid19

Un texte de Parse One. Expression à titre personnel et non celui de Red Bricks;
Le texte qui suit est brut, non relu (mais relu quand même une fois), et non structuré, ne mène nulle part et ne concerne que ce qui doit l’être, c’est à dire personne à part celui qui se sent concerné.

Je me rappelle d’une virée solo pour le plaisir du graffiti, c’était un vendredi. Les cours étaient tellement séchés que mon cursus de lycéen s’apparentait à du parmesan, celui qu’on râpe sous les pieds. Je suivais la piste des NP crews (New Painterz) qui avaient tagué le toit du lycée Condorcet de Lens, les tags (CESI, DARK, SADIK) remontaient jusqu’à l’usine TREFILEUROPE (aujourd’hui devenue NEXANS) en bord d’autoroute. Ça m’intéressait de remonter une sessions de tags violet du début à la fin, en me demandant si j’étais d’ailleurs dans le bon sens de la marche. Je découvrais alors une butée cachée avec un passage souterrain dont j’ignorais complètement l’existence et pourtant je m’intéressais à tout cela depuis quelques années déjà. Il y avait un grand tag :

“Quand y’a pas cours y’a graff”

Je le prenais en photo avec mon appareil jetable, et il y avait aussi une jante de bagnole en tracé direct. Ces gars avaient donc certainement mon âge. Comment les checker? Aucune idée…


J’en profitais également pour faire un flop sur une pilasse non loin, le claquement des roues des véhicules sur une butée au dessus du plafond, jouant une surprenante partition qui n’aurait pu être autrement en ce lieu, elle faisait même partie du lieu. A la fois déconcentrant, intrusif et transporteur, le temps de quelques ondes. C’est cette étrange sensation que l’on a, lorsqu’on regarde certaines photos, de pouvoir les entendre. Ou ce bien être dans un lieu inadapté, comme un salon de coiffure dans le bruit incessant des sèches cheveux où l’abandon de soi est presque coupable.

Ce moment si banal, me procurait assurément une sensation de complétion que je ne pourrais dire en quoi, à cet instant précis, toute mon errance d’adolescent à la dérive dévoilait tout son sens dans l’absurdité de cet épisode.
Je cherchais une figure paternelle, comme si un ouvrage d’art allait m’offrir la catharsis ultime, comme beaucoup de graffeurs je pense.

Hors du temps mais pas trop, épisode, écourté par le nécessité de rentrer.

L’après midi nous partions avec des copains en Belgique. Je me rendais directement chez Manu “Manoal”, nous on l’appelait l’Américain avec son accent de là bas. Il vivait avec sa femme prof de Français, qu’il qualifiait affectueusement de sorcière. Ils vivaient dans un appartement plutôt bien situé de Lens.
Lui sa vie, c’était le skateboard. C’était son quotidien, sa consommation, sa déco. Tous les vendredi ils se rendaient à bord de la Volvo 240 à Wevelgem en Belgique, lui n’avait pas le permis, c’était la sorcière qui conduisait. Ceux qui se pointaient chez eux à 13h étaient embarqués dans le périple, plutôt long pour si peu, en tout cas assez long pour raconter énormément de conneries. Elle n’avait effectivement pas le droit de prendre l’autoroute, car il flippait. Ce qui me laissait aussi le temps de réfléchir à mon parcours de lycéen chaotique et mon avenir plus que douteux.
Quand je ne séchais pas les cours pour aller en Belgique, j’allais me promener, dehors, chez des potes, où je partais à Villeneuve Saint Georges pour des histoires de WAREZ plus que douteuses. Ce qui me permettait de me faire pas mal d’argent de poche quand je revenais au lycée. Entre les modifications de consoles, les DIVX de cul et tout le reste, j’étais le roi du lycée avec mon investissement dans un graveur. Ma daronne pigeait que dalle, pourquoi il y avait des chiés de colonnes de CD dans ma chambre, pourquoi des gens me ramenaient des playstation, pourquoi le lycée appelait jamais alors que je séchais tout le temps et encore moins le fait que je falsifiait absolument tout pour me couvrir et ne pas l’inquiéter.
Il y avait des matins où elle commençait le travail en même temps que mes heures de lycée, j’avais une bonne combine de demi-tour à mi-chemin.

Revenons alors sur la route, on voyait aussi quelques graff ça et là, et il faut dire qu’à ce moment là, je ne connaissais que très peu de graffeurs hormis moi et quelques potes du quartier. Il y avait CESONER (devenu Kore DVD par la suite qui habitait à deux pas de ma maison d’enfance) et Paste, un graffeur qu’on avait rencontré à Lens et qui voulait fonder le crew GSM. C’étaient des grands pour moi, vu que j’étais beaucoup plus jeune, les interactions furent brèves. Je me disais que les graffeurs sur les autoroutes devaient être des genres de justiciers de la nuit, des gens hyper intelligents et qui sortent du lot.
J’imaginais une sorte de Cercle des Poètes Disparus façon chromatique. Des gens avec qui on a de grandes discussions philosophiques et qui “hurlent leur cri barbares sur tous les toits”. Qu’est ce qu’on est naïf à cet âge là.

A chaque fois que je repense à la ballade sous l’autoroute, je repense au “mauvais fils” et l’état mental dans lequel je pouvais être entre désespérance et auto-destruction. J’ai l’impression d’être allé trois fois au lycée quand j’y repense, j’ai tellement peu de souvenir là bas à part tous les copains, le bordel, l’insolence, on était une classe à problème. J’étais en section STI génie électrotechnique, pourquoi? Car je voulais être designer.
C’est quoi le prostifoutre rapport? Je ne sais pas quoi dire à part qu’il y a du dessin industriel selon la conseillère d’orientation. Je voulais créer la future AirMax, à la place je plaçais des luminaires Legrand dans des plans devant un mec moustachu qui avait la même gueule qu’un bonhomme de babyfoot.
Quel ennui, j’aurais dû faire L, vu que j’aime écrire. C’est la seule et dernière fois de ma vie où j’ai subit mon destin, je me suis promis que cela ne se reproduirait jamais (Spoiler, ça s’est reproduit).

Quand je repense à la période du lycée, le monde entier était fait pour inciter à se faire sauter le caisson. J’ai décidé de me prendre en main, en me bâtissant une personnalité hybride. J’ai toujours eu le sentiment que cette noirceur en moi qui prenait un malin plaisir à me conquérir, effaçait petit à petit ma personnalité, tel le néant de Mickael Ende.
J’étais persuadé que pour construire le nouveau moi, il fallait que je pioche dans les caractères de toute mes rencontres et dès lors commencer à tricher, avec ma fausse personnalité picoré à droite à gauche.

Je rêvais de voyages, de succès, d’attention et de reconnaissance. Drôle d’adolescence.

La nuit je m’endors, la tête pleine de rêves,
Mais tout disparaît tout s’efface lorsque le jour se lève,
Les solutions que j’avais trouvé la veille se dissipent et,
aux yeux d’maman j’ reste l’enfant dissipé,
Je dois anticiper,
Participer au combat qu’est la vie…

BLACK RENEGA

Et il y avait aussi la bombe de peinture. C’est important de le souligner, quand cela devait être la sujet de base, mais ici tout part à la dérive comme d’hab…

En omettant d’évoquer toute la mongolerie autour, qu’est ce qu’il est agréable de peindre par projection. La bombe de peinture catalyse satisfaction frustration à la fois. Elle réagit rarement comme on l’a prévu, et promeut l’aléatoire quant au résultat de ce que l’on entreprend avec au rang de sentence.
C’est une allégorie de la vie à elle toute seule, avec ses improbables rebondissements, sa longévité relative, son destin prédéfini. Elle me donne l’espoir de contrôler quelque chose, puis quelques minutes après me fait comprendre que je ne maîtrise que dalle de mon destin.

Mais qui a osé penser à un tel outil si peu fiable? Quel esprit tordu s’est ainsi demandé ce que donnerait tout le trollage du monde réunit en un outil?

Est-ce que cette personne a l’air expressément d’être en train de se foutre de notre gueule? Oui

En 1949, Ed Seymour, dans son usine usine de Sycamore a inventé une peinture en aluminium pour peindre les radiateurs en fonte. L’idée était simple : faire comme les déodorants ou les insecticides en aérosol, mais avec de la peinture afin de pouvoir peindre chaque recoin du radiateur sans trop consommer d’huile de coude. Autrement dit, un truc de feignasse.
Le prototype a littéralement impressionné un banquier local qui a posé quelques milliers de dollars sur la table (en 1949 c’est beaucoup), for qu’Ed développe son idée.
Avec ses potes, il a pu alors concevoir des machines permettant de remplir les sprays de peinture et de gaz et ainsi perfectionner la production.
Comme on peut l’imaginer, cela a fait un pétard directement. Dans un premier temps dans les bricomarchés et ensuite dans le monde de l’automobile avec des vernis en spray, comprendre, du gros biff pour Ed
Ensuite vous connaissez l’histoire, j’avais tout détaillé ici.

En définitif, c’est fun, on envoie de la peinture sur des surfaces verticales, il y a plein de couleurs, de jets différents, on peut peindre à peu près ce qu’on veut, la seule limite étant le nombre de couleurs existantes et qu’il n’y a jamais la couleur dont on a besoin. Les gammes de saumon notamment…
Cette précision étant importante au regard du fait que j’en ai vendu pendant 6 ans dans mon magasin, passant d’un état où je connaissais dix graffeurs à celui où j’en côtoyais des centaines pendant des mois. On m’a beaucoup reproché le dédain où la dérision que j’ai quant aux graffeurs, mais personne ne peut nier que ce milieu est quand même assez particulier.
Entre les égo surdimensionnés, les mythomanes chroniques, les gratteurs, les mecs de bonnes familles qui rêvent d’être des cas sociaux, les alcoolos qui rêvent que tu le deviennes, les anti ceci, les pro cela, difficile d’avoir ne serait-ce que l’envie de me faire une place. J’ai toujours vomi les communautés, la hiérarchie, les bas instincts, les mouvements et tous les cerveaux branchés en série (STI Génie électrotechnique toi même tu sais) et par dessous tout les esprits rebelles pour dire de l’être et qualifier les autres d’endormis.
Tout est tellement devenu manichéen que l’on est soit un mouton, soit un esprit libre. Je m’en cogne de vos conneries. Je m’en cogne tellement que je suis un bélier pour me cogner encore plus. Les débats discutions menant tous à peu près à ce résultat :

J’ajouterais aussi que la misogynie de ce milieu m’a toujours sorti par les trous de zen. J’en ai rien à foutre de savoir que telle meuf est une “pute” ou que vous avez baisé des salopes tel ou tel soir. Comme votre propension à qualifier tout le monde de “Toy’, vous êtes tellement débiles, j’ai tellement de mal à comprendre comment vous faites pour ne pas vous en rendre compte. De façon tout à fait raisonnable, certains d’entre vous sont encore moins cultivés qu’il y a dix ans. Rien qu’en vous écoutant parler on a l’impression de devenir con.

Partant de ce constat et ayant beaucoup de mal à m’attacher aux gens depuis le lycée, et encore plus à entretenir des amitiés, cela ne s’est pas amélioré avec le temps. L’effort n’est pas forcément au rendez-vous, c’est là est mon tord, mais absents sont les regrets. Il s’avère de toute façon que je préfère écrire que discuter.
Être tout le temps en contradiction avec ce que pensent mes interlocuteurs, comme si je le faisais exprès, alors que pas du tout, c’est très fatigant et ça ne donne pas envie de prolonger l’échange.
Plutôt que d’écouter ou dire des conneries, je me réfugie dans la science, l’histoire, quelques rares lectures et entretiens par sms avec les gens que j’aime.

Écrire, c’est aussi fatigant, surtout sur les réseaux sociaux. Taper le résultat de son raisonnement, quand tout le monde est d’accord du contraire, c’est insupportable pour les lecteurs.
Je ne vois absolument personne se remettre en question, tout est toujours de la faute des autres ou d’au dessus. L’autodétermination? Connais pas. Les droits bien entendu. Les devoirs? Connais pas.


On est qualifié de connard, hautain ou encore matrixé dès que l’on émet une hypothèse ou que l’on souligne les nombreuses contradictions des postures des autres.

Un pour tous et tous pour un, laisse place à tous ensemble pour chacun sa gueule.
Le collectivisme au service de l’individualisme règne en maître alors que je défend l’inverse et que cela est insupportable aux yeux des autres ou de ceux qui te trouvent pédant parce que tu as écrit trois lignes de ta pensée, sans poster un meme ou une image.

Dans “La grève” Ayn Rand, imagine que les penseurs, créateurs, preneurs de risques et autres entrepreneurs, se mettent à faire grève, mettant ainsi en exergue un code moral qui aujourd’hui a pris une ampleur que je trouve très déplorable. Le discours de John Galt, personnage mystère du livre est édifiant :

Ce discours dure en effet trois heures.

Je pose alors la question : En quoi une activité individualiste comme le graff,a besoin d’un code moral et hiérarchique aussi peu propice à l’amitié et à se tirer ensemble vers le haut?

Comme Alnilam, je suis entouré dans le graffiti de personne qui seront encore bien longtemps dans mon sillage; Pour entrer dans la constellation, ce n’est pas chose aisée, bien que possible. Des personnes qui pensent que faire quelque chose d’altruiste de temps en temps pour le mouvement n’est pas donner ses fesses pour autant.

La pire chose qu’il puisse arriver, serait qu’ils se fâchent ou qu’ils disparaissent.

Tout le monde se rappelle d’Apez ici, c’était une personne avec qui je pouvais partager cela. Je pensais à cette époque que la présence des autres vivants était acquise, car aucun monde ne pourrait exister sans Apez, vu qu’il était là devant mes yeux.
On pense à tord que le réel est figé, on pense à tord qu’on ne sera jamais abandonné ou que l’on ne perdra jamais personne. C’est le deuxième choc à presque 15 ans d’intervalle avec le premier. D’autres amis sont disparus bien avant et bien après, cette situation fut cependant la pire.

La monde a malheureusement buggué et sa disparition nous a laissé complètement béa.
Ce sont ces fameuses bombes de peinture qui ont favorisé notre rencontre et aujourd’hui, après cela, après cet événement illogique, comme si la vie pouvait arnaquer quand elle prend le plus jeune, j’éviterai les nouvelles amitiés si c’est ainsi.
Cela me fend également le cœur de voir ses anciens copains se déchirer entre eux.

Aucune description de photo disponible.

Je prends la route. Comme tous les graffeurs, je regarde à droite, à gauche, les choses inscrites, les nouveautés, les vieilleries. Chaque seconde c’est écris APEZ, APEZ, APEZ partout sur cette route. Chaque matin les rues de Lens portent aussi ces stigmates. Il m’arrive parfois d espérer de ne plus les voir. Hanté.

C’était le kid, celui qui jaillit une fois par génération.
La relève, la fraîcheur, le renouveau.
Celui qui donne, celui qui cogne, celui qui frappe l’esprit de son sceau. La torpille téléportant la torpeur, le portail opportun porteur d’espoir. Il faisait son entrée, sans rideau, se terrant dans la dérision des errances auxquelles nous trouvions intérêt.
Il survolait.
Un esprit gouailleur dans un univers abrégé, charitable dans l’oubli le plus total, celui de soi. Un astre embrassant le monde, précipité et surprenant. Des passages singuliers, poussant la linguistique dans ses retranchements, jusqu’à en tomber, comme une merguez, merci.Il est resté. Débarqué dans le microcosme ; le miens. En bon kid, il liquidait les stylos, de façon symétrique, linéaire, d’une décomplexion décadente. Inquiet pour mes affaires courantes, il avançait d’une cadence étonnante, froissant le papier sans souffrir de faiblesse. Bientôt sa griffe serait établie comme la mire, à la vie à la mort, comme si son nom résonnait déjà dans le cœur des témoins de ce qu’il arbore.A maturité, frais, comme un cousin bien sapé. Plus loin, plus habile, plus convaincant. Redonnant la fringale, la notion du temps. Celui qui file, qui oublie. Transmettre l’acquis à un disciple n’était pas illustré. Mais pour un frère. Toi.J’ai vite oublié qui a pris l’autre sous son aile. Quand je craignais une fin mauvaise, tu te faisais de la bile. Tes yeux émeraude se retranscrivaient dans mes tracés, ceux qui ont contribué au fait que tu t’apaises et continues la saga. Stupide mais noble voie.La voie. Je me rappelle. Tu domptais la ligne et je sautais les pas. Tu m’as même sauvé une fois. Dos à l’horizon nous allions pour mieux revenir. Le temps figé, semblait déjà consumer les poussières de nos êtres, un iota à la fois. Tu brillais, j’étais en admiration.
Le kid en action.
Cette voie, nous l’avions exploré au-dessus de ses propres limites. J’ai vu l’excellence brute.Nous sommes repartis, en classe ultime, au péril de nos existences. De retour vers l’horizon où tout semblait se dissiper après notre alinéa. Désintégrés vers notre point de départ, je suis descendu du train. J’attendais une réflexion de ta part sur ceux qui nous regardaient, les âmes perdues des marais. Je me suis retourné mais tu étais descendu de l’autre côté. Tu as pris l’express interdit, celui dont on nie l’existence et qui nous le rend tout aussi bien. Celui qu’on ne prend pas, celui qui décide, qui élude l’horizon et boude le temps. Le transunivers aller simple. Je ne t’en ai jamais voulu. Je l’ai connu, celui qui mettait la vie à genoux, qui incarnait un renouveau disparu et qui n’aimait pas les manières. Aussi bien celles pour faire son entrée que celles pour partir. Je n’en ferais pas. Je suis aussi apaisé. Dans chaque blague, chaque horizon, chaque phrasé, chaque jeune croisé, je te retrouve. J’ai hâte de te revoir.Lorsque l’on doit inscrire une partie de sa jeunesse dans un chapitre clos, l’éternel semble se déconstruire sous le poids de sa propre histoire.

Bref tu resteras M42 dans notre sillage l’ami!

C’est l’histoire, j’en parlais à NASTE l’autre jour, nul n’existe sans histoire. Toutes ces bombes de peinture n’ont fait que témoigner de notre histoire, du chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui. Lorsque tu peins avec quelqu’un, regarde son histoire, les sentiers parcourus.
Les milliers d’heure à œuvrer pour je ne sais quoi, tout ça pour laisser des aérosols se vider comme si c’était important ce qu’on était en train de faire.
Un wrtier ou un crew sans histoire, tout le monde s’en cogne.

L’histoire de mon côté c’est quoi?
Des milliers d’heure de rendez-vous dans des mairies pour faire un festival de graff où une majorité de mécontents viennent consommer tes heures de bénévolat pendant que d’autres se plaignent de ne pas avoir été invité, comme si il était impossible pour eux de faire quoi que ce soit de similaire de leur côté.
Des rendez-vous pour des murs d’expression libres où les graffeurs viennent te cracher à la gueule par graffiti interposé sur des spots qu’ils n’auraient jamais visité de leur vie si je n’avais pas négocié, obtenu et communiqué le lieu. Des bombes de peinture moins chères que partout sur lesquelles on ose encore troquer sa dignité pour quémander quelques centimes en moins ou dix euros de dettes qu’on ne remboursera jamais, quitte à envoyer sa meuf en acheter d’autres pour m’esquiver.

Je fais tout ça pour vous, car depuis qu’Apez est parti, je m’en cogne complet d’aller peindre mon blaze, je m’en cogne des panels, des gueutas et des autoroutes.
Je vous fournis des mur légaux accessibles librement sur lesquels je n’irai jamais peindre parce que côté graff je suis une coquille vide.

Et je continue, des plans où l’on serre les dents où l’on écrit respect, dans l’espoir de se faire comprendre un jour. Une avance lente et périlleuse, à avoir tellement tourné sa langue dans sa bouche que les dents en sont creusées;

Les
“Qu’est ce que ça peut bien me foutre que tu sois directrice de ton école de merde? A me faire recommencer 20 000 fois ma maquette, comme si c’était important pour qui que ce soit.”

Laissent place à

“Oui tout à fait je vous renvoie votre maquette avec des enfants qui se donnent la main autour de la planète, et oui nous ferons peindre 120 jeunes sur la fresque mardi.”

Une volonté et une capacité de redynamiser notre territoire complètement occultée ou reléguée à des activités de loisirs.

Quand on a la tête dans le guidon, ces névroses nous grignotent tranquillement sans que l’on s’en aperçoive. Elles nous calculent pas, on les calcule pas, l’infini devant est tellement, infini.

Le COVID19, est venu me rafraichir la mémoire. Premier confinement bloqué entre moi même et facebook, une addiction longtemps peu problématique. J’aime bien lire les gens, c’est pour cela que je suis très peu sur instagram, parce que l’image constitue pour moi du vide.
Du vide il y en avait dans l’agenda, le combler par du fil d’actualité en continu me semblait opportun. Très vite, j’ai eu envie de m’exprimer aussi, beaucoup et il faut avouer que le mode roue libre sur facebook m’a fait perdre plus de 100 contacts en quelques jours.
Tout le monde adore critiquer tout et n’importe quoi, sauf une seule chose : Se critiquer soit même.
L’idée étant de publier en cherchant l’approbation de quelques uns dans ma dérive, puis progressivement arriver à l’approbation de personne.
J’ai le pouvoir d’exceller dans ce domaine, être considéré par un sale connard par des gens dont j’ai un vague souvenir du fait que je me fous de tout, est délicieux comme une vieille odeur corporelle.

Quand c’est suivi d’insultes et de menaces, ça l’est encore davantage.
Il est prouvé par moi même que Maxence-Eudes n’aime pas qu’on lui rappelle sa condition initiale, celle qui le représente, avant d’être un dur à cuire de la cause anticapitaliste qu’il défend farouchement en combiné carhart, north face accompagné de ses clones anticonformistes…
Bien entendu faire valoir son libre arbitre en face de gens à moitié sous emprises idéologiques voire sectaires, c’est impossible.

Mais, pour une fois les graffeurs n’ont pas eu la palme de la perfidie.
Pendant le confinement, nous avons entendu maintes et maintes fois que la culture était sacrifiée. Partons du fait que le graff fait parti de la culture, j’en veux pour preuve que je suis artiste de métier en je ne fais que de la peinture à la bombe. Donc je fais partie de la culture Française.

Si le graff fait partie de la culture et si la culture est sacrifiée, comment cela se fait-il qu’il y a encore des abrutis au troisième confinement qui nous proposent de venir peindre gratuitement leur mur en échange de quelques bombes et quelques bières.
“Si tu pouvais aller boire tes bières avec ta grande tante pendant que l’on essaie de sauver notre peau avec des contrats sérieux, tous les artistes du monde seraient favorables à ta survie.”
Et là pas besoin de tourner sept fois sa langue. C’est pour vous.

DES MURS ON EN A UN MILLION TA PROPOSITION A VINGT CINQ ANS DE RETARD.

Les plus fervents lecteurs auront remarqué que je n’écris plus rien sur facebook, ce n’est pas le fait que je regrette ce que j’ai écris auparavant, car qui peut regretter de penser et de transposer des instantanés, c’est plutôt le sentiment de m’enfoncer davantage dans le pire de moi même dans un monde où les autres ne montrent que le meilleur masquant le pire.
Sachez simplement que voir tant d’autosatisfaction chaque jour dans le fil d’actualité, tant d’auto-complaisance pour ne pas dire suffisance, alors que je peux pas blairer mon parcours, mon sentiment d’être un imposteur, un illégitime et quelqu’un de sous-cultivé me laisse subjugué.

J’aurais voulu être eux aujourd’hui.

Peut être une image de 11 personnes, personnes debout et intérieur

Peut être dans une autre vie.
Parse vous souhaite un bon déconfinement.


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